Grâce à la bibliothèque sonore de Metz, les personnes malvoyantes ou non-voyantes peuvent s’adonner au plaisir de la littérature, via des livres audio spécialement enregistrés à leur intention.

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Grâce à un lecteur numérique adapté, les personnes non-voyantes ou malvoyantes redécouvrent le plaisir de la lecture. (DR)

Dans un petit local aux murs encombrés de cassettes et de CD, huit personnes s’agitent. Tous sont bénévoles à la bibliothèque sonore de l’association des donneurs de voix. Il existe 120  bibliothèques réparties dans toute la France. L’antenne mosellane est basée à Metz et permet à plus de 165 personnes de bénéficier du prêt de livres audio. Un service entièrement gratuit dédié aux personnes souffrant d’un handicap visuel ou moteur qui les empêche de lire comme aux personnes âgées à la vue fatiguée. « Les gens ont plusieurs possibilités pour emprunter », explique Jean-Claude Goussain, trésorier et « touche-à-tout » de l’association. « Ils peuvent venir accompagnés, envoyer une personne de leur famille ou un ami ou encore recevoir leurs livres par la Poste ».Cette dernière option est la plus utilisée. La bibliothèque sonore jouit en effet d’une franchise postale qui lui permet d’expédier gratuitement les livres audio. Exemptée de droit d’auteur, elle dispose d’une autorisation permanente des éditeurs. De quoi lui permettre de mettre régulièrement son catalogue à jour : l’an dernier, 310 nouveaux livres ont été enregistrés.

Une association autonome gérée par des bénévoles

Fondée en 1972 par le Lion’s club et reconnue d’utilité publique en 1977, l’association vit des subventions, et surtout des  dons, qui lui sont accordées. Les frais de fonctionnement s’élèvent à 7 500 euros par an. « Financièrement, ce n’est pas évident », reconnaît Aristide Berthet, président de la bibliothèque sonore de Metz. « Nous souhaitons à terme équiper les auditeurs de lecteurs numériques adaptés, qui coûtent chacun 350 euros. Cela nécessite davantage de subventions, pas toujours faciles à obtenir »,déplore-t-il. Heureusement, les livres ne sont pas tous enregistrés par des bénévoles locaux. « Quand quelqu’un souhaite emprunter un ouvrage, l’association vérifie qu’il est présent dans son catalogue », explique Jean-Claude Goussain. « Si ce n’est pas le cas, on regarde s’il est présent sur le serveur national. Cela évite les doublons inutiles ». Quand un titre n’est pas encore numérisé, l’enregistrement est confié à un bénévole « donneur de voix ».

Les lecteurs, clés de voûte du projet

A Metz, ils sont 18, majoritairement des femmes, à poser régulièrement leur voix sur les textes des écrivains. Un exercice pas forcément facile à appréhender. « Au début, c’est très angoissant », explique Malou, « donneuse de voix » depuis 11 ans. « Avec la force de l’habitude, ça devient plus facile et plus fluide ».L’enregistrement s’effectue à domicile sur CD audio, CD MP3, clés USB et cartes SD. Seules conditions : posséder un ordinateur et un casque audio. Le logiciel spécialisé est fourni par la bibliothèque sonore. « Il n’y a pas de critère de lecture particulier », explique Jean-Claude Goussain. « Il faut juste faire attention à ne pas accrocher les syllabes ou buter sur certains mots. Et mettre de la vie. La voix pose l’atmosphère ;  si ça ronronne, vous vous endormez », plaisante t-il. Quand certains donneurs de voix enregistrent plus de 200 ouvrages chaque année, Malou, elle, se considère comme une « petite lectrice », avec seulement 3 ou 4 livres numérisés par an. La retraitée vient de mettre le point final à un roman historique de 400 pages, décortiqué mot par mot. Un travail qui a nécessité 12 heures de lecture, même si pour Malou, cette notion est toute relative : «Il s’agit avant tout de rendre service mais l’enrichissement est surtout personnel ».  Chaque année, un concours national de donneurs de voix est organisé. « J’aimerais bien remporter le titre », ajoute malicieusement Malou, d’un air complice.

Rompre l’isolement

Les bénévoles de la bibliothèque sonore constituent parfois le seul lien avec l’extérieur pour les personnes handicapées, souvent isolées. Un fil ténu dont Malou est consciente : « Peu à peu, un feeling se crée entre l’audio lecteur et son auditeur. Certaines personnes sont plus sensibles à une voix qu’à une autre ». Certains apprécient de retrouver la voix familière qui leur a permis de s’évader le temps d’un livre, même si les titres enregistrés par les bénévoles sont anonymes.

Le premier critère de choix d’un ouvrage reste cependant l’intérêt pour l’histoire. Le catalogue général de la bibliothèque sonore de Metz est bien fourni. Plus de 3 100 titres, des grands classiques au dernier Prix Goncourt, sont disponibles.  « Nous avons aussi beaucoup de littérature locale et de romans du terroir, cela intéresse beaucoup les personnes âgées », rajoute Malou. Depuis peu, des revues et journaux audio sont venus enrichir les rayonnages de la bibliothèque sonore. Historia, Sciences et Vie, Le Canard Enchaîné… sont autant de titres désormais accessibles aux non-voyants. Pour choisir ses futures lectures, Vincent Archen, atteint du syndrome d’Usher qui provoque une cécité progressive, fait confiance à sa femme : « Il ne voit plus rien du tout », explique-t-elle. «  Avant, il ne lisait jamais et maintenant c’est devenu un vrai plaisir, il écoute un CD par jour »« Cela arrive souvent », confirme Jean-Claude. «Au départ, tous les gens qui viennent ici ne sont pas des grands lecteurs. Certains ont découvert la littérature en venant ici. Pour nous, c’est une grande satisfaction ».

Ecrit avec Elodie Hermès

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