Bernard Michels fait partie depuis plus de 30 ans des Alcooliques anonymes. Grâce à cette association, il a pu sortir du piège de l’alcool et reprendre une vie normale. Il revient sur ce que lui a apporté les alcooliques anonymes.

La parole pour se soulager, une méthode que connaît bien Bernard Michels qui la pratique depuis plus de 30 ans

Quand vous le lancez sur les Alcooliques anonymes (AA), Bernard Michels semble intarissable. Il peut vous réciter d’une traite toute l’histoire du mouvement, de sa fondation par deux Américains en 1935 jusqu’au programme spirituel en 12 étapes qu’il connaît par cœur. Agé de 77 ans, cet ancien buveur, qui n’a jamais retouché à l’alcool depuis 31 ans,  doit tout aux AA.

Le but des AA est de faire parler les gens. Une philosophie que Bernard a complètement adopté et qui lui permet de se livrer sans tabou. Venant d’une famille de cinq enfants, il était pourtant conscient des ravages de l’alcool. « Mon père passait son temps à boire et à fumer et il est mort à 50 ans. Je me suis dit, je ne serais jamais comme papa », explique-t-il. Pourtant il est lui aussi tombé dans l’alcoolisme. « J’avais une consommation normale, c’était de l’alcoolisme festif », se souvient Bernard. Puis petit à petit il s’est mis à boire de façon immodérée jusqu’au jour où il ne pouvait plus se passer d’alcool. « J’arrêtais quelques mois puis je reprenais. J’allais voir mon médecin, mais à l’époque les médecins n’osaient pas parler d’alcoolisme, de peur de perdre des patients. Alors il me disait que j’étais dépressif, c’était la grande mode. »  Bernard part alors en cure plusieurs fois pour soigner sa « dépression nerveuse ». Mais très vite il comprend qu’on le soigne pour son alcoolisme avec un traitement digne d’Orange mécanique. « On me mettait des implants dans le ventre qui me rendait malade dès je buvais une goutte d’alcool. Au bout de 6 mois ça passait et je recommençais à boire. »

Petit à petit il prend conscience de son problème. « Je me suis réveillé un matin en me disant, je vais encore être obligé de boire, alors que j’avais 1,5 – 2 grammes d’alcool dans le sang. A ce moment-là j’ai réagi ». Il découvre alors un article sur les Alcooliques anonymes et appelle le numéro. Il se rend à sa première réunion à Saint-Avold, la veille de Noël 1980. « Je me disais toujours, je suis un buveur mais pas un alcoolique », se souvient-t-il. En entendant les autres membres parler, il s’est pourtant tout de suite reconnu et a compris qu’il avait enfin trouvé la solution à son problème. « En sortant j’ai dit à ma femme, écoute Minou, j’ai trouvé le truc ».

Bernard commence le programme de rétablissement qui lui plaît tout de suite. En groupe, dont le nombre peut varier, chacun prend la parole sur un thème donné. Très rapidement, il change de comportement avec  sa femme, aujourd’hui décédée, et leurs 6 enfants. « On ne domine plus ses sentiments. Avant, j’étais voleur, coléreux, je buvais en cachette. J’aurais fait n’importe quoi pour trouver de l’alcool le week-end quand les épiceries étaient fermées », regrette-t-il. « Un an après ma vie était plus harmonieuse. Avant je me rendais compte que mes gosses étaient malheureux mais l’alcool était plus fort. Ma femme aussi a énormément souffert, on avait des disputes sans fin ». Les AA l’ont aussi aidé dans son travail. Cantonnier dans les Ponts et chaussées, il a fini chef d’équipe car il a réussi à changer de comportement. « J’ai pu terminer ma carrière dans un bon état. Mes chefs savaient qu’on pouvait me faire confiance, j’étais devenu fiable ».

Aujourd’hui, il est totalement sorti de l’alcool. Il sait qu’il doit beaucoup aux AA. « On organise des réunions dans les hôpitaux et quand je vois les alcooliques et que je me dis que je ressemblais à ça… De toute façon, on ne meurt pas de l’alcool, on en crève ». Malgré un glaucome qui l’a rendu presque aveugle, Bernard continue d’assister aux réunions pour redonner un peu de ce qu’il a reçu. « Pour moi, c’est devenu un mode de vie, c’est comme aller à la pêche », explique-t-il. Une manière de faire partager son expérience à ceux qui connaissent les mêmes problèmes que lui. « C’est la dernière étape aux Alcooliques anonymes, la transmission du message ».

Publicités